Avant la Toile
Pour comprendre l’apparition de la Toile, quelques bases théoriques sont indispensables. Un Pentacle, des plus gros cercles de pierre aux délicates gravures des anneaux de pouvoir, ouvre un portail sur l’Ether. La loi du Bon Max (le prêtre Jean Maximus, dit « Le Bon Max »), illustre démonologiste de l’époque pré-moderne, stipule que la vitesse d’action du sort est inversement proportionelle au carré du rayon du portail ouvert. Dans un Cromlech les sorciers parviennent ainsi à contrôler un ample courant de mana par leurs mélopées, tandis qu’un pentacle domestique exige une cadence élevée et l’impressionnant flot verbal qui a conduit à baptiser ces rituels modernes de « Tapage ».
L’autre illumination du Bon Max, c’est que les portails magiques ouvrent vers le même monde. A l’époque ses lois permirent notamment de définir les distances symboliques minimales entre cercles évitant que les rituels se perturbent mutuellement.
Plus de cent ans plus tard, l’Elfe des bois Claudius Pafélin prolonge les idées du Bon Max. Puisque les sorts s’influencent entre eux pourquoi ne pas les faire intéragir volontairement ? En vérité les idées initiales de Pafélin s’appliquaient à la Divination et l’invocation des esprits, mais les premiers magiciens imaginèrent rapidement des les transposer aux Pentacles.
En extrapolant sur ces idées, dans les années 50, Ibm élabore le système « Proculex » qui abolit les distances entre Cromlech en créant des Portails entre menhirs portant les runes idoines. Le système Proculex a fonctionné des décennies malgré ses limitations, pour être progressivement remplacé par les miroirs Portauloin puis les baguettes de téléportation. Dès les années 70 tous les Collèges de Mages disposent de leur accès Proculex, et peuvent échanger des messages grace au système « Porcelaine » (tasséomancie) pour peu de disposer de la même variété de thé.
La secte la plus active à l’époque sont les adorateurs d’Atant de la Vallée des Sables, également surnommés les disciples à la cloche. Ils élaborent le rituel de l’Unique et le sacrement de l’envoi de paquet, lors duquel des démons relient un ensemble de pentacles distants. Chaque Pentacle est identifié par son Imp qui se déplace dans l’Ether (notons qu’à l’époque l’utilisation d’Imps n’était pas bien établie comme de nos jours, les adorateurs de la Nouvelle N’Etoile avaient recours à des Pixie, tandis que Ibn leur préférait l’Anneau d’Osi). Contrairement à la croyance commune ce n’est pas un but militaire qui conduisit à l’Union des Cercles, mais la vision humaniste d’une magie universelle qui abolirait la pauvreté et où tous les magiciens du monde pourraient participer à un même repas. On est encore bien loin de la vision mercantile moderne de l’Union des Cercles.
Dans les années 70 apparaissent aussi les Planches Ouija permettant à un groupe de magicien de composer un cercle unique à distance, chacun devant son Pentacle ou son Miroir qui créent des communautés fortes, à l’écart des sectes puissantes et des collèges de magie officiels.
Mais jusqu’au années 90, ces outils sont très peu connus du grand public. Les miroirs Fenêtres 3.1 de PetitSort restent isolés. Ils n’enchantent qu’immédiatement autour d’eux et ne permettent pas les échanges. Le magicien antipodiste Pierre Tambour propose une solution. Il élabore une trompette magique permettant d’appeler un Imp (celui-ci apparaissant dans une chaussette) et ainsi d’associer les Fenêtres à l’Union des Cercles. Par la suite PetitSort ajoutera le sort d’invocation d’Imp à tous les miroirs.
Mentionnons l’exception Genovienne : le système d’échange “PetitGuillaume”. Ce système ouvert à tous les Génoviens avait été instauré par la Guilde des livreurs. Au lieu des Imp il invoque une rangée de nains équipés de hottes qui déposent les colis à livrer (dans une chaussette pendue devant la cheminée, les dernières versions de PetitGuillaume proposant des chaussettes colorées). Le système est plus fiable que celui des Imp, mais aussi beaucoup plus lent, moins adaptable et assez coûteux. Les nains préfèrent en effet être rémunérés non au colis, mais au temps passé, logique car leur hotte est souvent portée à vide. Le système – assez similaire aux planches Ouija à l’échelle de Genova – connaît un grand succès local, en particuliers pour l’échange des fameux mouchoirs (ou faveurs), généralement en dentelles, voire parfumés. Inutile d’expliquer le but de ces pratiques Génovienne, c’est là l’origine de l’expression accorder ses faveurs.
On se bien rend compte de la complexité pour ses adeptes de la magie de l’époque et de ses limitations. Un magicien moderne a bien du mal à imaginer que les choses pouvaient se passer ainsi il y a seulement 30 ans!
